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Soin de nursing : allier le soin et le relationnel

En gériatrie, le temps manque toujours. Mais ce que la personne accompagnée attend vraiment n'est pas forcément celui qu'on croit lui donner.

Ce que la personne accompagnée attend vraiment

On aimerait souvent avoir plus de temps pour chaque soin. Mais la vraie question n'est pas de savoir si une toilette dure 20, 45 minutes ou une heure : c'est de savoir ce que la personne accompagnée en attend réellement.

La plupart du temps, ce n'est pas une toilette plus longue qu'elle souhaite. C'est un échange. Un regard, une parole, un moment où elle se sent considérée comme une personne et pas seulement comme un soin à réaliser. Et cet échange-là peut avoir lieu dans le temps dont on dispose déjà, à condition de l'organiser pour lui faire une vraie place.

Allier le soin et le relationnel pendant le nursing

Le soin de nursing n'est pas un temps « technique » qu'il faudrait faire vite pour dégager du temps « relationnel » ailleurs. C'est déjà, en soi, un temps relationnel, à condition de l'aborder ainsi :

  • Parler à la personne pendant le soin, pas seulement entre deux gestes : annoncer ce qu'on va faire, prendre son avis, commenter simplement ce qui se passe.
  • Respecter son rythme autant que possible, plutôt que d'imposer le sien.
  • La laisser faire ce qu'elle peut faire elle-même, même si c'est plus lent, c'est aussi un moment d'échange et de valorisation, pas seulement une perte de temps.
  • Profiter de ce moment individuel, souvent le seul en tête-à-tête de la journée, pour recueillir ce qu'elle a à dire : une inquiétude, une envie, un souvenir.

Organiser son soin de nursing, ce n'est donc pas seulement une question de gestes techniques enchaînés efficacement. C'est intégrer, dans cette organisation, les quelques minutes d'échange qui font toute la différence pour la personne accompagnée.

L'importance de faire soi-même, même un petit geste

Il arrive souvent qu'une personne accompagnée dise elle-même « fais-le, ce sera plus vite » ou « je n'y arrive plus ». Le réflexe naturel est alors de faire à sa place. Mais dire non, avec bienveillance, et expliquer pourquoi, rend souvent service à la personne elle-même : elle a, la plupart du temps, bien plus de capacités qu'elle ne le pense, ou qu'on ne le pense pour elle.

Ce n'est pas une question de tout faire seule, mais de faire au moins un geste, même petit :

  • Se laver le visage elle-même, même si le reste de la toilette est assuré par le soignant.
  • Tenir sa brosse à dents, ou son peigne, même guidée.
  • Porter elle-même sa cuillère ou son verre à la bouche, même lentement.
  • Boutonner ou déboutonner un vêtement, même avec de l'aide pour le reste de l'habillage.

Expliquer simplement pourquoi on l'encourage à le faire elle-même, par exemple « c'est important que vos mains continuent à faire ce geste », change souvent la façon dont la personne reçoit la proposition. Ce n'est plus vécu comme un refus d'aide, mais comme une marque d'attention à ce qu'elle est encore capable de faire.

Citation : Chaque geste qu'elle fait seule aujourd'hui est une autonomie gagnée pour demain. Maintenir les acquis, c'est préserver son autonomie et le temps de toute l'équipe, demain. MAVAcare

Créer un vrai moment autour du petit-déjeuner

Ce qui se passe après la toilette compte aussi. Une personne qui sait qu'un moment agréable l'attend ensuite, un petit-déjeuner calme et convivial plutôt qu'une salle à manger agitée, a moins besoin de faire durer la toilette pour obtenir l'attention du soignant. Elle peut même se montrer pressée d'y aller. Un bon moment de petit-déjeuner facilite donc aussi le soin qui le précède : les deux temps se nourrissent l'un l'autre.

Schéma du cercle vertueux : le soin, un temps relationnel à part entière, un besoin de sollicitation réduit pendant le soin, un petit-déjeuner calme et convivial, un moment positif ancré dans la routine.

Le petit-déjeuner est souvent un moment charnière de la journée, et pourtant il est fréquemment pris dans la précipitation, parfois dans le bruit. C'est l'un des moments où l'on peut le plus facilement transformer un temps de soin en moment convivial.

  • Limiter le bruit ambiant : une musique forte ou une télévision en fond ne favorisent pas l'échange, elles le rendent au contraire plus difficile pour des personnes qui ont déjà besoin de concentration pour suivre une conversation.
  • Limiter l'agitation autour de la personne : les allées et venues précipitées renvoient un sentiment de bousculade, même sans un mot échangé.
  • Installer un rythme calme, même bref : quelques minutes posées valent mieux qu'un temps plus long mais agité.
  • Profiter de ce moment pour échanger simplement : le temps qu'il fait, ce qui est prévu dans la journée, une question sur ses habitudes.

Ce n'est pas une question de moyens supplémentaires. C'est une question d'organisation et d'attention portée à l'ambiance du moment, à l'échelle d'une équipe.

Pourquoi la stimulation et le maintien des acquis sont essentiels

Un réflexe fréquent, par manque de temps ou par souci de bien faire, est de faire à la place de la personne ce qu'elle pourrait encore faire elle-même : finir de l'habiller, la laver entièrement, anticiper chaque geste à sa place.

Ce réflexe part d'une bonne intention, mais il a un effet inverse à celui recherché : moins une capacité est sollicitée, plus elle s'étiole. Une personne qui ne fait plus un geste parce qu'on le fait systématiquement à sa place finit, au fil des semaines, par ne plus pouvoir le faire du tout.

Concrètement, cela veut dire que faire à la place, c'est augmenter la charge de travail de demain : une personne qui perd une capacité qu'elle avait encore devient plus dépendante, donc plus longue à accompagner, et ce pour toute l'équipe, durablement. Stimuler et maintenir les acquis n'est donc pas qu'une question de bientraitance, c'est aussi ce qui permet de préserver, sur la durée, le temps dont dispose l'équipe.

C'est un des sujets que j'aborde très concrètement en formation interne, avec des repères simples à mettre en place dès le lendemain.

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